Visualiser comment un adjuvant augmente l’efficacité d’antibiotiques contre une bactérie résistante
Une étude collaborative entre Aix-Marseille Université, les synchrotrons SOLEIL, ESRF et ALBA, récemment publiée dans npj Antimicrobials and Resistance, apporte un nouvel éclairage sur le mode d’action de NV716, un adjuvant à l'antibiotique capable de restaurer l’activité de certains antibiotiques contre la bactérie multirésistante Pseudomonas aeruginosa.
Les bactéries à Gram négatif comme P. aeruginosa présentent une forte résistance intrinsèque liée à la faible perméabilité de leur membrane externe et à l’efficacité de leurs systèmes d’efflux des antibiotiques. Certains adjuvants, comme NV716, augmentent l’efficacité des antibiotiques contre ce type de bactéries résistantes. Mais comment agissent-ils ?
Pour comprendre les mécanismes impliqués, plusieurs approches d’imagerie synchrotron complémentaires ont été combinées. Sur la ligne de lumière DISCO de SOLEIL, des expériences de microspectrofluorimétrie UV profonds (DUV) ont permis de suivre en temps réel l’accumulation d’antibiotiques (fluorescents dans le DUV) dans des bactéries individuelles grâce à un dispositif microfluidique développé pour l’étude (Fig. 1). Ce dispositif permet d’améliorer grandement le suivi d’accumulation d’antibiotiques dans les bactéries en microscopie UV, en permettant d’enregistrer les premiers temps d’accumulation et de s’affranchir de la mobilité des bactéries avant et pendant l’acquisition.
Des analyses de cryotomographie par rayons X mous, réalisées sur la ligne MISTRAL du synchrotron ALBA, ont ensuite révélé chez les bactéries exposées à l’adjuvant des altérations membranaires associées à une augmentation de la production de vésicules de membrane externe (OMVs) (Fig. 2).
Ces observations ont été complétées par des expériences de cryo-microscopie électronique réalisées à SOLEIL (plateforme POLARIS), permettant de visualiser l’ultrastructure des vésicules produites en présence de NV716 (Fig. 3).
Enfin, des expériences de nano-imagerie de fluorescence X menées sur la ligne ID16A de l’ESRF ont permis de localiser un dérivé de l’adjuvant contenant du cuivre (Cu-NV716) à la périphérie des bactéries, confirmant son association avec les membranes (Fig. 4).
Ces résultats montrent donc que NV716 agit principalement en perturbant l’organisation de la membrane externe, favorisant ainsi l’accumulation intracellulaire d’antibiotiques tels que la doxycycline.
Au-delà de l’étude du mode d’action de NV716, ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives pour l’exploration des mécanismes de biogenèse des OMVs et le développement de stratégies visant à moduler la perméabilité membranaire des bactéries multirésistantes.