L’étude de tablettes d’envoûtement gallo-romaines découvertes à Orléans continue sur la ligne PSICHÉ
Après avoir mené de premières mesures-tests très concluantes en octobre 2024 sur la ligne PSICHE, deux archéologues du service d’archéologie de la ville d’Orléans sont revenus en décembre 2025 dans l’objectif d’accéder aux textes inscrits sur 17 tablettes d’envoûtement gallo-romaines. Leurs cinq jours intenses de microtomographie X sur PSICHE ont déjà donné beaucoup de résultats.
À Orléans, dans le cadre de la réhabilitation de l’ancien hôpital Porte Madeleine, une nécropole gallo-romaine jusqu’alors inconnue a été mise à jour grâce à deux campagnes de fouilles archéologiques successives menées entre 2022 et 2025. Lors de ces fouilles, 23 tablettes de défixion (du latin defixio, envoûtement ou malédiction) gallo-romaines en plomb ont été découvertes dans les sépultures, certaines pliées en deux, d’autres complètement enroulées sur elles-mêmes.
Afin d’avoir accès aux textes gravés sur ces objets fragiles et précieux, quelques rares tablettes ont pu être ouvertes, avec beaucoup d’expertise et de précaution et après un traitement de stabilisation, par une conservatrice/restauratrice. Mais, dans la majorité des cas, l’examen des tablettes a montré que les ouvrir manuellement risquait de les détériorer et, avec elles, les textes uniques qu’elles portent.
Or, en utilisant la technique de microtomographie X, l’équipe de la ligne PSICHE a réussi en 2023 à dérouler virtuellement un talisman âgé de 1700 ans, lui aussi en plomb, révélant un texte gravé en langue mandéenne qui a alors pu être décrypté.
Ayant pris connaissance de ces impressionnants résultats obtenus sur une problématique comparable à la leur, Caroline Millereux et Julien Courtois, archéologues au Service d’archéologie de la ville d’Orléans (SAVO), ont contacté les scientifiques de la ligne. Après avoir, dans un premier temps, évalué la faisabilité de l’étude sur l’une de leurs tablettes lors d’un court passage sur PSICHE en octobre 2024, Caroline et Julien, motivés par les résultats très prometteurs obtenus, ont ensuite déposé un projet à SOLEIL afin de pouvoir aller plus loin dans leurs recherches. Verdict : le projet a été retenu, et 5 jours entiers de temps d’analyse leur ont été attribués.
Le 2 décembre 2025 les archéologues sont arrivés sur PSICHE avec 17 tablettes de défixion dans leurs bagages ! À l’issue du temps d’expérience alloué, 10 des 17 tablettes, pliées ou enroulées, avaient été entièrement scannées (cf figure 1).
Un long travail de traitement informatique et de corrections manuelles basées sur les images de microtomographie X obtenues (ex, figure 2) peut alors commencer. Son but est, pour chaque tablette, de définir précisément la forme de la feuille métallique qui la constitue, avec toutes ses déformations. Cette connaissance est nécessaire pour déplier/dérouler virtuellement les tablettes, arriver à visualiser les textes gravés à leur surface et, finalement, arriver à les décrypter, en faisant appel à plusieurs spécialistes des langues anciennes.
Il y a du pain sur la planche puisque, semble-t-il, ces dix premières tablettes scannées portent toutes des inscriptions, et même parfois recto-verso ! Il va donc falloir encore patienter avant de savoir si, comme c’est généralement le cas de ce type d’objet, les tablettes de la nécropole orléanaise portent des messages de malédictions ou de magie blanche, liés à une intercession auprès des divinités.